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L'alimentation est impliquée dans la maladie de la goutte.

La goutte est une arthrite microcristalline au même titre que la chondrocalcinose.

Goutte maladie : une douleur forte au gros orteil

La goutte résulte d'une accumulation d'acide urique (urate de sodium) dans les articulations. Elle est considérée comme la maladie des rois de France, qui avaient une alimentation extrêmement riche en protéines et en alcool (sources de purines).

Dans 90 % des cas, elle concerne des hommes âgés de 30 à 50 ans, mais la goutte peut apparaître chez les femmes :

  • ménopausées,
  • et parfois au cours de la grossesse.

Elle est généralement marquée par une douleur intense du gros orteil (hallux).

Causes de la goutte : maladie, traitement ou hygiène alimentaire

L'acide urique, responsable de la goutte, provient de la dégradation des purines.

Une anomalie liée aux purines

Les purines participent au fonctionnement des cellules de l'organisme. Elles sont apportées au corps par les aliments tels que la viande rouge, la bière ou encore les crustacés.

En principe, ces purines sont en partie régulées par l'organisme, mais il arrive qu'une anomalie survienne et entraîne :

  • soit une production excessive,
  • soit une élimination insuffisante par les urines (mauvais fonctionnement du système rénal).

L'acide urique ainsi généré, en se couplant au sodium, va constituer des cristaux d'urate de sodium qui vont s'accumuler dans le sang puis précipiter dans le liquide synovial articulaire. Ce sont ces microcristaux qui provoquent de violentes douleurs articulaires.

Origines des anomalies : plusieurs causes possibles

Ces anomalies peuvent avoir pour origine :

  • une maladie autre : psoriasis, insuffisance rénale, par exemple ;
  • un traitement médicamenteux : diurétiques, aspirine, chimiothérapie ;
  • une mauvaise hygiène alimentaire : excès alimentaires, consommation trop importante de protéines, consommation d'alcool, perte de poids trop rapide ;
  • une prédisposition génétique : selon une méta-analyse récente, cette prédisposition jouerait un rôle bien plus important que l'alimentation. Toutefois, il est impossible d'agir sur ce point.

Symptômes de la goutte : une articulation mal en point

La crise de goutte se manifeste par une arthrite localisée (il existe quelques rares polyarthrites goutteuses). Le plus souvent, c'est l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil (hallux) qui est concernée.

Symptômes caractéristiques de la goutte

L'articulation touchée est :

  • rouge vif, chaude et enflée ;
  • extrêmement sensible au contact avec des pics de douleurs dans la nuit, une douleur encore augmentée en fin de nuit.

Goutte maladie : des atteintes articulaires possibles

Il arrive parfois que d'autres articulations soient touchées :

  • les pieds, avec en particulier les articulations médiotarsiennes, les tibiotarsiennes ;
  • les genoux ;
  • les poignets ;
  • les doigts (IPD) chez les femmes âgées qui sont sous diurétiques.

Les autres symptômes : fièvre, maux de tête, fatigue

Parallèlement à ces douleurs articulaires, la crise de goutte entraîne :

  • une fièvre de 38 °C ;
  • un malaise général et une fatigue type grippe ;
  • des maux de tête.

Pseudo-goutte : à distinguer de la crise de goutte

La pseudo-goutte est une crise d'arthrite qui s'apparente à la goutte. Toutefois, elle s'en distingue par deux points essentiels :

  • l'atteinte principale est le genou ou le poignet ;
  • les cristaux impliqués sont des cristaux de pyrophosphaye de calcium qui signent une chondrocalcinose plutôt qu'une goutte.

Un diagnostic souvent facile à poser pour la goutte

Outre les signes cliniques, on retrouve à l'examen biologique :

  • des signes d'inflammation : augmentation de la vitesse de sédimentation, augmentation de la PCR (protéine C réactive), hyperleucocytose (augmentation du nombre de globules blancs) ;
  • un liquide articulaire inflammatoire avec plus de 2000 cellules/mm3, dont au moins 50 % de globules blancs polynucléaires neutrophiles ;
  • une hyperuricémie (présence élevée d'acide urique dans le sang) ;
  • des cristaux d'urate de sodium (en forme d'aiguille) visibles dans le liquide articulaire.

Maladie de la goutte : une évolution qui va crescendo

Les crises de goutte ont tendance à augmenter au fil du temps.

ÉVOLUTION DES SYMPTÔMES DE LA GOUTTE
SYMPTÔMES ÉVOLUTION
Symptômes articulaires
  • Les douleurs articulaires se font de plus en plus violentes et de plus en plus longues : elles deviennent mécaniques (au mouvement).
  • L'atteinte inflammatoire concerne les tissus voisins et entraîne :
    • des tendinites,
    • des ténosynovites,
    • des bursites.
  • Les articulations vont être peu à peu détruites, en particulier celles des mains, des poignets et des pieds.
  • À la radio, on observe :
    • un pincement de l'interligne articulaire dû à la destruction du cartilage,
    • des destructions osseuses dues à des tophus (voir plus bas, signes cutanés),
    • des réactions osseuses avec création désordonnée d'os.
Symptômes cutanés
  • Si l'évolution n'est pas contrôlée, les cristaux d'acide urique vont finir par générer des tophus.
  • Il s'agit de dépôts de cristaux sous la peau, notamment au niveau :
    • de l'oreille,
    • des coudes,
    • des doigts ou des doigts de pieds,
    • à proximité du tendon d'Achille (tendon calcanéen).
  • Dans certains cas, les tophus se retrouvent au niveau des os, constituant ainsi des arthropathies goutteuses.
  • Les tophus sont également susceptibles de s'ulcérer et de provoquer une surinfection.
Symptômes rénaux
  • Une insuffisance rénale ou des calculs rénaux (entraînant des coliques néphrétiques) peuvent également apparaître du fait de l'excès d'acide urique dans le sang.
  • La lithiase urinaire (calculs rénaux) concerne 20 % des personnes atteintes de goutte.

Traitement de la goutte : à prendre en charge rapidement

Habituellement, sans traitement, une crise de goutte aiguë dure une semaine environ. Si elle est correctement prise en charge, elle disparaît dans les deux jours et guérit sans laisser des séquelles. Plusieurs types de prise en charge existent sachant que pour être plus efficace, le traitement de la crise de goutte doit être mis en place dès les premiers signes cliniques.

Un traitement médicamenteux : la colchicine et les AINS

Il existe un traitement médicamenteux efficace pour prendre en charge la goutte : la colchicine. Elle doit être administrée idéalement dans les 12 premières heures, à la dose initiale de 1 mg en début de crise, de 0,5 mg une heure après, puis de 0,5 mg deux à trois fois par jour les jours suivants.

En général, elle est prescrite avec des antidiarrhéiques, car la diarrhée est son principal effet secondaire. Néanmoins, les spécialistes de la Société française de rhumatologie indiquent que l’apparition d’une diarrhée doit amener à réduire ou à arrêter le traitement. Le dosage peut être réduit en particulier chez les sujets ayant une insuffisance rénale.

Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent également être employés :

  • pour les personnes se révélant intolérantes à la colchicine ou si celle-ci s'avère inefficace ;
  • seulement sur une courte période, c'est-à-dire le temps de la crise (ils sont en revanche formellement déconseillés en cas d’insuffisance rénale évoluée ou de maladie cardiovasculaire sévère).

Les corticoïdes : une alternative à la colchicine

Il a été démontré qu’il était possible de remplacer les AINS et la colchicine par des corticoïdes. S'ils entraînent des troubles rénaux ou digestifs graves, une corticothérapie orale est envisageable parce que son efficacité antalgique est similaire et qu'elle entraîne moins d’effets secondaires.

Pour être efficaces, les corticoïdes oraux doivent être utilisés à dose assez forte : 30 à 35 mg/j pendant les 3 à 5 jours de la crise (excepté en cas de diabète de type 2 ou d’une hypertension artérielle déséquilibrée). Mais, une corticothérapie intra-articulaire sera privilégiée en cas d’arthrite accessible à un geste local.

La corticothérapie constitue donc une alternative intéressante en tant que traitement de première intention des crises de goutte.

D'autres alternatives

Les inhibiteurs de l’interleukine 1 (anakinra), dont la prescription ne peut être initiée qu’en milieu hospitalier, sont réservés aux échecs ou aux contre-indications de la colchicine, des corticoïdes et des AINS. Mais on ne doit pas proposer ces anticorps en cas d’infection et leur utilisation nécessite un suivi des taux de neutrophiles sanguins.

Traitement de fond : une meilleure alimentation

Le traitement de fond consiste en réalité à traiter l'hyperuricémie. Le traitement hypo-uricémiant sera proposé dès la première crise, lorsque le diagnostic de goutte est certain. En effet, il est plus facile de réduire le stock d’urate lorsque celui-ci n’est pas trop important et en intervenant suffisamment tôt il est possible de réduire la mortalité précoce associée à la goutte. De plus, si l’on tarde, des comorbidités comme une insuffisance rénale risquent d’apparaître et de compliquer le traitement À ce titre la Société Française de Rhumatologie insiste sur le fait que les comorbidités de la goutte : les facteurs de risque et maladies cardiovasculaires, le syndrome métabolique, les maladies rénales doivent être dépistés et pris en charge.

Il s'agit donc :

  • de prodiguer des conseils diététiques (éviter abats, charcuterie, fruits de mer, alcool notamment le vin blanc et le champagne, les boissons sucrées, certains poissons et dérivés, le café et le chocolat) et de favoriser l’activité physique régulière et la perte de poids ;
  • de prescrire en première intention des médicaments hypo-uricémiants (à base d'allopurinol que l’on débutera à petite dose : 50 à 100 mg/j et que l’on augmentera ensuite par paliers de 50 à 100 mg toutes les 2 à 4 semaines jusqu'à 400 à 600 mg/j, parfois 900 mg/j ; l’allopurinol doit être utilisé avec précaution et le fébuxostat peut constituer une alternative).

L'objectif visé est une uricémie inférieure à 360 µmol/l, voire à moins de 300 µmol/l (60 mg/l) dans l'idéal.

Lire l'article Ooreka

Phytothérapie

Pour les personnes ayant tendance à facilement faire des crises de goutte, il est également possible d'avoir recours à la phytothérapie pour prévenir les crises ou limiter leur fréquence. L'objectif sera de favoriser la fonction rénale et le drainage.

Outre la consommation de beaucoup d'eau (1,5 litre par jour), une décoction de queues de cerises et d'alkékenge (Physalis alkekengi) sera utile. Préparation :

  1. Mélangez à un litre d'eau froide : 30 g de baies sèches d'alkékenge, 15 g de barbe de maïs, 1 cuillerée à soupe de queues de cerises coupées en petits bouts.
  2. Portez à ébullition puis baissez le feu pour laisser frémir 5 minutes.
  3. Retirez du feu et laissez infuser une vingtaine de minutes.
  4. Filtrez.
  5. Ajoutez 10 gouttes de macérât glycériné de bourgeons d'orme (Ulmus campestris).

Il ne vous reste plus qu'à boire cette préparation à raison d'un demi-litre chaque jour pendant une semaine. Pour une prévention au long cours, prenez cette décoction une semaine par mois.

Vous pouvez également consommer des cerises, et dans l'idéal les cerises Montmorency (issues de l'agriculture biologique) pour leur richesse en anthocyanine.

Ces pros peuvent vous aider